Je lis ses messages sur son téléphone, et alors ? C’est mon droit, puisqu’il m’a trompée !

Eh bien, non ! Non, madame ce n’est pas votre droit ! Cette manière de procéder, c’est de la violence conjugale ! C’est même, précisément, de la violence sociale. Pour bien comprendre la suite de mon post, je vous propose un tour d’horizon de la violence conjugale, et je vous invite à le lire, pour vous rafraichir la mémoire si vous voulez et après ce tour d’horizon, je vais reprendre les propos qui ont provoqué ce post.


Les violences conjugales

Les violences conjugales sont souvent réduites dans les médias et les réseaux sociaux à la violence physique, mais il y a plusieurs types de violences conjugales. (listes non exhaustives dans les exemples, où je parle de partenaire de manière neutre, car ces exemples s’appliquent pour les couples hétéros (H/F) ou homosexuels (H/H, ou F/F) et je dirai donc le partenaire sans y voir un quelconque sexe affecté)

La violence verbale, c’est à dire tout ce qui et donc s’entend.

  • Élever le ton pour intimider son partenaire
  • Faire des menaces à voix basse en aparté ou en public
  • Insulter ou injurier son partenaire
  • Faire du chantage à son partenaire
  • Donner des ordres avec des sous-entendus

Pour éviter que les menaces soient mises à exécution et/ou que le climat se détériore, le partenaire obéit et se soumet aux exigences de son conjoint.
La peur et l’insécurité sont toujours présentes.

La violence psychologique, c’est une série d’attitudes ou de paroles humiliantes, voire méprisantes.

  • Dénigrer les capacités intellectuelles ou l’apparence du partenaire
  • Critiquer sa façon d’éduquer les enfants en permanence ou de cuisiner ou de faire le ménage
  • Faire des commentaires négatifs en public
  • Commenter ou lui reprocher ses performances sexuelles
  • Laisser croire au partenaire qu’il est incompétent, nul
  • Le ghoster c’est-à-dire faire comme si elle n’existait pas pendant quelque temps

La violence psychologique est une forme de violence subtile, donc plus difficile à identifier. Elle débute souvent par des commentaires qui ne semblent pas si graves. La femme se demande alors si elle a raison de se questionner sur l’attitude de son conjoint. Avec le temps, et la répétition, le partenaire peut commencer à croire que son conjoint a raison et se sent de plus en plus impuissant. La violence psychologique est présente dans toutes les relations de couple où règne la violence conjugale.

Elle peut produire des effets dévastateurs sur l’estime de soi !
(Selon la stabilité du partenaire)

La violence physique c’est la plus apparente, mais pas toujours facile à identifier.

  • Lancer des objets vers le partenaire
  • Bloquer le passage, ou pousser la partenaire avec son corps ou par l’intermédiaire d’un objet (voiture, par exemple)
  • Serrer les bras, ou frapper son partenaire par exemple, donner des coups de poing, des coups de pied, coup de tête
  • Griffer son partenaire au visage
  • Lui envoyer un produit corrosif au visage (ou ailleurs)
  • Tenter d’étrangler son partenaire

ATTENTION : Même la première violence est inacceptable !

La violence sexuelle, souvent difficile à aborder par la victime.

  • Insulter le partenaire pendant l’acte sexuel
  • Comparer son partenaire avec les autres en rabaissant celui-ci
  • L’obliger à porter des vêtements ou accessoires associés à la pornographie
  • Obliger son partenaire à regarder de la pornographie et à imiter les films pornographiques
  • Frapper ou la mordre pendant l’acte sexuel
  • Obliger sa conjointe à avoir des relations sexuelles ou à commettre certains actes sexuels, c’est un viol. Oui, le viol existe aussi à l’intérieur d’un couple.

La violence sociale, c’est celle qui concerne principalement l’entourage
(c’est celle que je citais au début de cet article !)

  • Le conjoint rabaisse constamment les personnes importantes pour elle
  • Il critique sans cesse son emploi, son milieu de travail ou ses collègues
  • Le conjoint dénigre les passe-temps, les activités, les sports que l’autre pratique
  • Il lui interdit de recevoir de la visite, de parler à ses amis ou de les voir
  • Il lui interdit de contacter sa famille
  • Il contrôle ses courriels et ses appels téléphoniques

Le partenaire se retrouve isolé socialement et donc en danger!

La violence économique, c’est tout ce qui se rapporte au contrôle de l’argent

  • Obliger l’autre le faire vivre ou la forcer à s’endetter pour lui
  • Mettre tous les biens importants à son nom
  • Interdire à l’autre d’acheter certains articles essentiels
  • Empêcher le partenaire d’aller se soigner en limitant ses revenus
  • Lui reprocher les achats qui ont été faits pour quelqu’un d’autre que soi-même
  • L’obliger à abandonner ses études ou lui interdire de travailler
  • Forcer l’autre à voler ou à frauder

Cette forme de violence réduit l’autonomie. Le partenaire a peur de ne pas pouvoir quitter son conjoint, car il se retrouverait sans ressources pour vivre.


Suite de l’article

Dans mon activité je reçois régulièrement des couples pour des « thérapies de la dernière chance » comme l’appellent eux-mêmes les couples consultants. Je reviendrai sur l’expression que j’ai mise entre guillemets, dans un autre article, mais déjà on peut se demander, pourquoi attendre si longtemps ?

Souvent ces thérapies de la dernière chance, ne sont demandées que par un des des deux partenaires et l’autre y vient en trainant les pieds. Et en creusant les causes de leurs venues, il m’arrive très souvent de rencontrer de la violence conjugale non nommée. Et malheureusement non identifiée comme telle par le partenaire violent, que ce soit un homme ou une femme. Voici quelques exemples d’échanges :

  • « C’est normal que je la surveille, car je n’ai plus confiance, car il m’a menti en 1995 » (année du fait incriminé), même si cette année date d’il y a 10 ans et plus. (Et pourquoi êtes-vous restée avec lui, toutes ces années ?) « Chez moi, on ne divorce pas ! Il faut payer ses dettes ! C’est lui le coupable, il doit payer » (Mettre un traceur GPS dans sa voiture, lire sa correspondance privée est interdit, c’est de la violence) « Oui, mais il a commencé ! »
  • « Mon fils a choisi de vivre d’une manière que je n’accepte pas, et lui il continue à le soutenir. C’est inadmissible ! C’est pour cela que je fais de sa vie un enfer, puisque la mienne en est un. Vous vous rendez compte, il refuse de faire l’amour avec moi. Ce n’est pas normal ! » (S’il ne veut pas de relation sexuelle, c’est qu’il n’en a pas envie, le forcer c’est du viol) « Je ne le viole pas il peut partir s’il veut » (Madame, des rapports non consentis c’est du viol, même si vous êtes une femme et lui un homme) « C’est mon mari je fais ce que je veux ! « (Avec son accord, oui, mais sans son accord non …)
  • « Elle continue à voir ses anciens amis alors que son ex fait partie de la bande, je ne peux pas le supporter. C’est pour ça que je lui ai donné une baffe ! » (Rien ne justifie une baffe…) « Si, parce qu’il est interdit de revoir son ex! » (Non, Monsieur, rien ne justifie une baffe)… Mais c’était la première (Même la première ! C’est injustifiable…)
  • « J’ai lu ses SMS, par hasard ! Et j’ai vu qu’il donnait RENDEZ-VOUS à une femme ! ». (Par hasard ?) « Je connais son code de téléphone, il avait qu’à en changer plus souvent! » (Mais, madame c’est son intimité.) Il n’y a pas d’intimité entre époux. ( C’est de la maltraitance, cela, vous vous en rendez-compte ?) Il n’a pas à donner de RENDEZ-VOUS à une femme ! (Donc il ne peut plus travailler ?) Il n’a qu’à changer de boulot, c’est facile de tout mettre sur son boulot !

Personnellement, j’ai vécu la violence conjugale quand j’étais plus jeune. Mon père a trompé ma mère. Il est parti, et revenu beaucoup de fois… Et l’enfer que ma mère nous fait vivre a été terrible ! Vers la fin, quand elle voyait qu’il ne reviendrait plus, ma mère un jour m’a demandé, de la frapper avec un marteau, je n’ai pas pu, le faire… Elle m’a copieusement traité de mauviette, puis elle s’est frappée…  Puis elle a été porter plainte contre mon père en 1975… Depuis, mon père et ma mère sont décédés tous les deux, plus de 30 ans sont passés, mais cela m’est resté gravé dans la mémoire. J’ai été l’instrument de ma mère pour attaquer mon père pendant des années jusqu’à cet épisode où j’ai décidé de partir de chez ma mère et vivre seul, juste après le jour de mes 18 ans, pour éviter d’être poursuivi par les gendarmes… Heureusement mes amis, m’ont soutenu à cette époque difficile. Depuis, je suis vraiment conscient que les enfants ne sont pas témoins de la violence conjugale, mais il la subissent !

Vous avez vu une partie des échanges… que peuvent générer ces situations. Souvent les protagonistes ne sont pas conscients du mal qu’ils font. Et, sauf dans les cas limites (borderline, pervers narcissique, intégrisme religieux, radicalisation…), la prise de conscience a un effet salvateur pour les deux partenaires et peut aboutir à une séparation apaisée, ou a une reprise de relation sereine.

Et si vous, lecteur assidu, vous rencontrez ces situations, que pouvez-vous faire pour aider les acteurs prendre conscience de leur situation ?


Remarque : Les propos tenus sont anonymisés volontairement et ne concernent pas mes patients actuels. Toute ressemblance avec une situation actuelle serait un hasard

Le questionnement systématique et la violence.

Le questionnement systématique et la violence.

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Dans mes entretiens cliniques initiaux, j’ai depuis très longtemps mis en place un questionnement systématique.

Très souvent le patient arrive avec ses idées sur sa situation, et sur la méthode à utiliser d’après lui pour arriver au résultat qu’il vise, quand il vise un résultat précis. Souvent il arrive avec simplement l’idée qu’il veut aller mieux. Il ne veut plus être anxieux, ou ne plus avoir d’angoisses ou de phobies. Il veut éloigner le mal-être permanent qui l’habite.

Souvent, il arrive me voir parce qu’il a déjà un parcours chez le psychiatre qui lui conseille une psychothérapie, ou qu’il a perdu son psychologue habituel pour diverses raisons. Ou alors parce qu’il est en situation de rechute et qu’il a appris qu’avec les TCC, c’est mieux ! (Vu sur internet)

Souvent il est pris dans « Le piège du bonheur » (voir le livre de Russ Harris sur le sujet, Il y a même une version illustrée pour ceux qui n’aiment pas trop la lecture des livres techniques). Vous pouvez y retrouver aussi la problématique de ces patients dans un très bon livre de Benjamin Schoendorff , « Faire face à la souffrance« (ici pas de version illustrée, dommage 😉

Après avoir écouté, ce qu’il voulait dire en arrivant. Je lui pose la question suivante : « Vous permettez que je vous pose quelques questions, pour mieux vous connaitre et vous proposer la méthode la plus adaptée pour vous ? »

Il me répond immanquablement :  « bien sûr ! » Et c’est parti pour un questionnement sur les 10 domaines de vie autour desquels ils évoluent.

Comme décrit ci-dessous dans la boussole des valeurs.Boussole des valeurs de vie

Et je déroule mes questions :

  • Comment vivez-vous « dans ce domaine » ?
  • Quelle perception en avez-vous ?
  • Êtes-vous satisfait de ce que vous y vivez ?
  • Comment aimeriez-vous que cela se passe ?
  • Qu’est-ce qui est vraiment important pour vous dans ce domaine ?

Et rapidement j’ai une photographie des habitudes de la personne, de ses aspirations, des dysfonctionnements qu’il perçoit. De la manière de présenter ses problèmes…

Enfin cela me permet de pouvoir ensuite aborder très rapidement, ACT en quelques métaphores. Puis de vérifier avec lui, que nous sommes d’accord sur la méthode et les objectifs de la thérapie. Souvent, nous sommes d’accord, et il arrive que la personne ne veuille pas s’engager dans cette thérapie, qu’elle veuille immédiatement « une séance d’hypnose » ou une séance de régulation émotionnelle (TIPI) ou d’EMDR. Alors, nous partons sur cette séance, mais au moins, elle connait ACT et sait ce que ACT peut lui apporter…  Et très souvent à la deuxième séance, elle me demande et si on utilisait la méthode que vous m’avez présentée la dernière fois, vous pensez que ce serait mieux pour moi ?

Le questionnement systématique me permet de converger très vite vers les problèmes du patient, et de permettre à celui-ci de se tourner vers des actions engagées vers ses valeurs pour avoir une vie pleine de sens. Je perds donc rapidement mes patients, et j’en suis très heureux pour eux, et donc pour moi puisque mon objectif est de mettre mes patients dans l’autonomie.

Malgré tout, il m’est arrivé de suivre pendant plus longtemps que prévu certains patients, pour m’apercevoir qu’un problème sortait au court de la thérapie que mon questionnement systématique ne prenait pas en compte. Et que le patient me dise au cours d’une séance, « J’ai été violé par mon cousin… ou par mon père » ou « j’ai été victime violences conjugales » ou « J’ai été victime de harcèlement moral »… Alors que le problème était « ailleurs » et le patient n’avait jamais eu l’idée de m’en parler…

Mais alors, pourquoi ? Parce qu’il n’avait pas confiance ? NON ! D’ailleurs lorsque je leur ai demandé, « pourquoi ne pas en avoir parlé avant ? » La réponse a toujours été… Je ne pensais pas que cela ait réellement de l’importance, ou je l’avais « oublié ». Bien entendu à partir du moment où le loup est sorti du bois, il a été rapidement maitrisé… Et j’ai encore perdu mon patient, avec joie… Car sa vie s’est rapidement améliorée… Vive ACT et la pleine conscience ! LOL

Alors je me suis, dit et si je regardais vers mon questionnement systématique et que je posais la question suivante : « Avez-vous subi dans votre passé des violences physiques ou mentales ? » … Certains de mes collègues disent : « Est-ce que vous avez déjà vécu des violences dans votre vie ?« …

Puis je creuse un peu : » Êtes-vous ou avez-vous été suivis pour cela ? », « Est-ce toujours d’actualité ? », ou « C’est fini depuis quand ? », « Ça a duré combien temps ? »

Depuis je le fais systématiquement et … J’ai eu la surprise de voir apparaitre, souvent ces cas de violences, tant dans le couple, que dans la jeunesse. Que de temps gagné ! Que de souffrances évitées ! Comment une simple question à la première séance peut changer de manière très importante la suite de la thérapie, en permettant très rapidement au patient de commencer à s’ouvrir vers la vie, plutôt que de rester tourner vers l’évitement et la lutte.

J’en ai parlé à d’autres professionnels, des assistantes sociales, et des médecins, qui me disent que pour leur cas à eux, c’est exactement la même chose. Et si vous posiez ces questions sur la violence dans vos entretiens initiaux ?

Des difficultés à le faire ? Pour ma part, je n’ai jamais rencontré de difficulté pour poser ces questions. Je sais que certains de mes collègues ont reçu une réponse de type « Pourquoi voulez-vous savoir cela ? » et ils répondent : « Je pose la question à tout le monde parce que les violences peuvent avoir des conséquences sur la santé psychique, voire physique, et que c’est important de les dépister ».

J’ai ajouté cette question dans tous mes questionnements systématiques depuis 1 an maintenant. Et si tous les professionnels des métiers de l’accompagnement s’y mettaient ? La détection des violences conjugales serait déjà tellement facilitée ! Au-delà du fameux « point noir » ! On s’engage ? Questionnement systématique de détection des violences conjugales, moi, je m’engage !

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